Carnet de voyage

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Baroudeuse attitude

Pascale des Pallières et sa fille Plume ont vécu l’aventure dépaysante d’une année de voyage sur les pistes chaotiques africaines. Toutes deux, en sont ressorties remuées. Par exemple, il faut être prêtes à gérer l’inhabituel : "On se lavait les cheveux au razoul, on utilisait la pierre d’alun en guise de déodorant, on se tartinait de beurre de karité façon crème de nuit, on se parfumait à l’ambre, et on se maquillait d’un trait de khol sous l’oeil". Femme de 40 ans et adolescente de 13 ans, elles se livrent après coup et partagent leurs impressions de voyage.

"C’est pas si facile d’être une femme libérée…", pourraient-elles chantonner en coeur. Surtout en Afrique, et en plein sahel ! Car là-bas, les conditions de vie sont encore plus difficiles à conjuguer au féminin. "Il a fallu accepter d’apprendre à se laver l’essentiel avec 3 verres d’eau par jour et à vivre avec des odeurs naturelles", ne cache pas Pascale des Pallières. "Heureusement, on n’attrape pas plus de maladie pour autant. Et puis, la sécheresse du désert et le sable n’ont rien de sale, comparés à l’environnement pollué et humide des villes", rassure-t-elle. Dans les contrées les plus désertiques et isolées, la raison de la survie en eau potable l’emporte donc aisément sur celle des soins corporels. En trois semaines passées sur ces pistes du bout du monde, qui relient Gorom-Gorom, Tombouctou et Nema(1), chaque goutte d’eau était économisée et recyclée(2).

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"L’eau séchait instantanément sur notre corps"

"Une fois sorties des régions pauvres en puits, nous redécouvrions le bonheur d’une petite douche rafraîchissante et hydratante. Comme ce jour où nous avons fait une halte, aux abords des portes de Tombouctou après plusieurs heures de conduite par 55° dans la fournaise du camion. Pas besoin de serviette, l’eau séchait instantanément sur notre corps", savoure avec émotion Pascale des Pallières en se remémorant l’instant.

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Afin de gérer au mieux leurs 180 litres d’autonomie en eau, les "grandes" ablutions familiales devaient être programmées à proximité d’un point d’eau, soit en y arrivant, soit en le quittant. "Toutefois, par respect pour les populations locales face à la désertification croissante nous faisions toujours au plus rapide". De leur côté, les africains ne manquaient jamais le spectacle, et venaient en nombre pour observer la toilette des Toubabs.

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"Un sérieux problème d’intimité"

Ils se régalaient, en commentant, riant et même quelque fois en chantant. " Notre installation de douche se situant à l’extérieur du camion, nous avions un sérieux problème d’intimité. Les garçons pouvaient se doucher en slip, mais pour nous la situation était plus délicate. Pour ne pas choquer, en pays musulman, nous avions donc prévu de nous laver habillées d’un boubou(3), ou bien de sortir une tente de douche spécialement achetée pour ces occasions". La curiosité des africains, presque infantile, est sans retenue. " Moi et maman, on devait toujours rester sur le qui-vive lorsqu’il fallait se dénuder discrètement pour la toilette ou pour faire pipi. Pour cela aussi, l’Afrique manque d’arbres.

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Alors, on se surveillait mutuellement ", renchérie Plume, gênée par ces situations délicates à vivre à l’âge de l’adolescence. Car les moments d’intimité sont rares en Afrique... D’un autre côté, leur naturel exacerbé participe à la magie de ce voyage et à un dépaysement qui réserve en retour quelques surprises séduisantes. "Ce coup-ci, c’est nous qui avions l’impression de nous livrer à une séance de voyeurisme", dévoile Pascale des Pallières encore troublée par la scène.

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"De beaux blacks, aux corps sculptés… "

Parties se balader entre filles le long de la plage, pour regarder le coucher de soleil sur la mer, Pascale et Plume croisent un groupe d’africains totalement nus. A l’aplomb du fort d’Elmina, sur les rochers et dans l’eau, des pêcheurs ghanéens se lavaient sans aucune gêne, puis se baignaient. "Une quinzaine de beaux blacks, aux corps sculptés, luisaient d’eau de mer sous le soleil couchant. Des hommes superbes, tout en muscles, rigolant à pleines dents étincelantes. Ils étaient magnifiques à admirer ! ". De quoi en oublier d’observer le coucher du soleil, semble-t-il… Pendant ce temps-là, les femmes du village de pêcheurs s’aspergent d’eau douce, entre les quatre murs d’une courette, et s’apprêtent pour le soir. Maigre détente, après une journée de dur labeur physique, elles se tressent mutuellement des nattes avec une amie ou une voisine.

Le look est parfait avec un boubou

"Avoir les cheveux longs et les garder détachés, requiert une sacrée volonté. Avec la chaleur et la poussière(4) ils sèchent et se salissent plus vite qu’en France. D’ailleurs, invitées chez l’habitant, nous avons découvert que bon nombre d’entre elles ont le crâne rasé ou sont coupées très court. Mais rien ne le laisse deviner, car elles portent une perruque cousue sur leurs cheveux ras". Sans trop d’hésitation, Pascale et Plume optent plutôt pour les tresses. Rapidement, elles le confirment, la solution est beaucoup plus pratique en voyage itinérant, et les cheveux se salissent moins vite. Qui plus est, au niveau de l’intégration locale, le look est parfait avec un boubou.

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Mais il y a bien un revers à la médaille… Effectivement, l’inconvénient majeur est de casser ses cheveux, car la manipulation consiste à tresser au plus serré, en prenant des mèches très fines.

"Il ne faut pas être douillette"

"Cela relève plutôt d’une séance initiatique, pour laquelle il ne faut pas être douillette. Leur façon de vous tirer les cheveux est assez douloureuse… avec le sourire, mais fermement ! Et elles ne vous les lâchent qu’au bout d’une demie journée", témoigne Pascale des Pallières en serrant encore les dents.

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L’opération tire tellement le cuir chevelu, au point d’empêcher certaines de dormir, que cela peut provoquer des maux de crâne deux jours durant. "En prévention, il est plutôt conseillé de prendre une aspirine". Parole d’infirmière…. Heureusement, cette nouvelle mise en pli n’est pas éphémère. La coiffure tient facilement un à deux mois, selon la nature du cheveu, et le lavage redevient plus aisé. Le style tressé fait donc fureur en Afrique Noire, dès l’entrée en Mauritanie.

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24h sur 24 de promiscuité familiale

D’ailleurs, au Maroc, pays du hammam, la situation est tout autre. "Du nord au sud, que la ville soit grande ou petite, vous trouvez toujours un hammam de quartier où vous laver, et le plus souvent pour moins d’un euro", regrettent Pascale et Plume, nostalgiques. A l’intérieur, il y règne toujours une ambiance particulière. Certains psychologues aiment à décrire, à travers l’univers du hammam, une symbolique féminine, vaginale et génitale. Rares sont celles qui peuvent rester insensibles à ses charmes. Parmi les plus séduisants, l’ancien hammam d’Essaouira vaut le détour, au point d’avoir inspiré Orson Welles, pour le tournage de son film Othello. A ce sujet, donc, chacune ses centres d’intérêt. Pour Pascale, qui vit depuis plusieurs mois, 24h sur 24, la promiscuité familiale dans les 6 m2 de leur vieux camion camping-car, c’est l’occasion de s’échapper une demie journée et de s’occuper d’elle pendant des heures, en oubliant un instant son rôle de mère de famille.

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Tous les secrets du hammam

"J’adore cet endroit traditionnel où l’on rencontre les femmes marocaines sous un autre jour. Toujours accueillantes et prévenantes, elles vous proposent leur savon noir et vous expliquent comment l’utiliser en gommage. A mesure, elles vous dévoilent tous les secrets du hammam. Vous découvrez leur façon de se laver, de se frotter au gant de crin à faire rougir la peau, de se faire patiner le dos par des masseuses, de s’épiler au miel(5), et de prendre soins de leur cheveux en alternant razoul, henné, huile d’olive ou beurre de karité, comme s’il s’agissait d’un tagine raffiné. La petite touche finale de la recette, c’est de couper en deux un citron et de se le passer sur le visage(6)".

Eviter un " chaud-froid "

Autre révélation, en sortant d’un hammam de la vielle médina de Fes, "une cliente avait pris soin de nous faire un signe de la main pour que nous nous couvrions la tête. La barrière de la langue, l’effervescence générale des discussions tous azimuts et à défaut de couvre-chef sous la main, nous n’avons pas porté plus d’attention à sa mise en garde". Une serviette, un foulard ou n’importe quel vêtement aurait suffit à enrubanner leurs chevelures et à leur éviter un " chaud-froid ".

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Vomissements et maux de tête à en être éblouies par la lumière du jour, Pascale et Plume ont donc été malades la nuit même ainsi que le lendemain.

" En France, on le faisait jamais "

Pour plume, privée de baignoire pendant un an, le hammam est l’endroit où l’eau coule à flot, sans contrainte ni limite. "Ce que j’aimais bien, c’était de pouvoir enfin jouer avec de l’eau. J’allais remplir les grands seaux à moitié, avec de l’eau brûlante. Je repartais chercher un autre sceau d’eau froide. Puis je n’arrêtais plus de faire des mélanges et des transferts pour obtenir des températures progressives. Ensuite, avec une jatte, je faisais sans cesse couler l’eau en cascade en écoutant le bruit, comme on fait pour le thé à la menthe. D’ailleurs, maman m’engueulait, car j’en oubliais de me laver". Adolescente, la première expérience du hammam n’est pas forcement évidente. " Au début, cela me choquait et j’étais gênée. A la piscine on est toutes en maillot, mais au hammam la majorité des femmes sont toutes nues. Il y en a même qui se rasent les poils du sexe ! " Après une dizaine de hammams, Plume s’est habituée et faisait moins attention aux autres femmes. "Avec maman, on se récurait ensemble. Elle me lavait les cheveux et me grattait le dos. Puis je la frottais à mon tour. En France, on le faisait jamais ".

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Soins du corps de l’aventurière

Au temps des chasseurs de lions, les africains utilisaient les parfums féminins venus d’Europe pour attirer le félin vers leurs pièges. Aujourd’hui, ce sont nos aventurières qui convoitent baumes et essences d’Afrique aux milles propriétés.

Pierre d’Alun (Maroc) :

Rhassoul (Maroc, Mauritanie, Afrique du Nord)

Ambre (Maroc)

Eau de rose (Maroc)

Henné (Maroc)

Khôl

Beurre de Karité (Burkina)

Savon noir

Citron

Huile d’argan (Maroc)

Encens (Afrique noire)

Gratte pied berbère (Maroc)

Cure dent berbère (Maroc)

Patchouli, musc

Mélange épilatoire miel et citron