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Pays DOGON

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voici enfin le texte où je parle de notre passage en pays dogon en effet tu ne l avais pas eu car j attendais que stephane fasse son shema donc tu as
maintenant texte shema et photos cela sera un peu anachronique sur le site mais c est pas bien grave.

nous sommes maintenant au ghana depuis 5 jours nous sommes a kumasi ou nous avons fait resouder un de nos reservoir a eau potable. nous avons donc
profiter de cette halte pour visiter le fameux quartier Magazine - le plus grand marche mecano de toute l afrique de l ouest - et maintenant ns filons
vers cape coast pour se baigner ici le climat est tres humide et un peu chaud.
amities pascale et stephane

 

 

Mopti Mali – Koudougou Burkina Faso

 

Sur Mopti, plus exactement Sévaré, petite ville à 14 km de la précédente, nous avons rencontré le docteur Konipo, pharmacien de son état et président jeune chambre. Celui-ci nous a prêté une maison appartenant à un ami pour nous permettre de séjourner plus confortablement. Son attention était fort sympathique mais nous avons quand même dormi dans le Tipee car nous y avons finalement nos habitudes. En revanche, les prises électriques de la salle de séjour furent bien commodes pour brancher notre ordinateur portable et rédiger plusieurs textes sans souci quant à l’autonomie des batteries du véhicule. Un confort très appréciable.

Le lendemain, nous sommes partis pour Djenné, mondialement réputée pour sa très ancienne mosquée (reconstruite au début du siècle). Safran a rédigé un texte intéressant sur notre passage là-bas et je ne vais pas empiéter sur son récit.

Notre visite de Mopti, au bord du Niger, fut très agréable également. Nous sommes montés sur une pirogue emmenant des locaux sur la rive d’en face, dans les petits villages côtiers. Cette balade nous a évité la virée touristique habituelle et nous a coûté 200 fois moins cher !14leBani.jpg (85274 octets)

Le contact y a été vraiment chaleureux même si les passagers ne parlaient que très peu le français et Stéphane sur le retour y est allé de son huile de coude en s’emparant d’une des pagaies. Il a ramé à l’avant de la pirogue soulageant ainsi le jeune assis à l’arrière.

Puis nous avons fait un petit tour dans des boutiques de souvenirs installées dans des bicoques de planches et de tôles ondulées. Stéphane, très fier, en est ressorti contre toute attente avec une vieille lance rouillée vraisemblablement d’origine Peule.

Les gars dans la rue, étonnés et parfois apeurés l’interpellaient à chaque pas. " Il faut ranger çà ", " c’est une arme ", " ton papa est dangereux, ou bien ! ". Parfois certains partaient d’un fou rire incontrôlé, les enfants suivaient leur père ravis du spectacle improvisé.

 

La remise très officielle de notre carton de médicaments* a eu lieu à Sévaré à l’association internationale SOS village d’enfants, une organisation vieille de plus de 50 ans et qui a des villages d’orphelins partout dans le monde, même en France. La télévision fut conviée et la présence du 1er ministre presque possible car il était en visite officielle sur Mopti le même jour ! Mais trop fatigué il ne s’est pas rendu sur l’orphelinat.

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Le reportage télé devait passer le soir suivant ou le prochain. Nous avons donc décidé de regarder le journal national de 20h15 et nous nous sommes rendus à la pharmacie du Docteur Konipo. Malheureusement, 10 minutes avant le début du journal, une coupure de courant nous a tous plongé dans le noir. La pharmacie étant attenante à une station service qui possédait un groupe électrogène, nous nous sommes installés tout naturellement devant la boutique de la station à 3 mètres des pompes à gasoil, avec les employés pour regarder les informations. La diffusion du don n’est pas passée ce soir-là et nous sommes repartis un peu déçus. Sans doute le reportage passerait le lendemain, mais alors nous serions déjà en route pour le pays Dogon sans aucune télé à porter de main.

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A propos du pays Dogon , il me fallut bien 15 jours avant de digérer notre séjour. Il fut de courte durée, 72 heures mais tellement intense. Malheureusement, l’intensité ne fut pas qu’agréable. Je ne souhaite pas m’étaler sur notre visite car je risquerais d’être un peu trop amère, mais simplement dire que le tourisme fait souvent des ravages et surtout quand les peuples en question ont largement tendance à la désorganisation et à profiter de l’assistanat permanent des blancs. Le toubab se transforme vite en portefeuille ambulant et les autochtones en mendiants vendant leur culture et leur âme au plus offrant.

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Stéphane lui aussi a voulu laisser au lecteur le soin de comprendre par lui-même notre ressentit grâce à un schéma.

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Ma déception est liée au fait que cette étape faisait partie des mythes et lieux que je souhaitais particulièrement voir pendant notre voyage. Finalement, nos rencontres et échanges fortuits depuis le Maroc ont été beaucoup plus riches et agréables que cette communication truquée vécue sur la falaise de Bandiagara.

 

Je garde notamment quelques anecdotes, difficiles à raconter, pour mon retour ce qui n’est pas plus mal.

 

Nous avons passé la frontière Burkinabé le 30 novembre dans la nuit. La police a été des plus accueillantes et cordiales mais à la douane, il nous a été demandé une rallonge pour payer les heures supplémentaires que les douaniers considéraient faire en travaillant après 20 heures. Nous avons donc pris la décision de rester dormir sur place et sommes passés le lendemain à 7h30 sans encombre.

 

Nous arrivons à Ouahigouya la première ville relativement importante depuis la frontière. A la station service nous faisons le plein de gasoil (un peu plus cher qu’au Mali (6,08 Frs) et d’eau. Après tous nos déboires d’ensablement Dogon, il faut aussi regonfler les pneus qui sont restés à 2, 5 bars. Le gonfleur de la station est assez épique et se détache régulièrement, il se met alors à se tortiller furieusement au point qu’on ne peut le rattraper et qu’il faut se jeter sur l’arrêt d’air pour le calmer.

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Des petits mendiants nous réclament quelques francs CFA. Ce sont des maliens, en effet, d’après le guide, les frontaliers préfèrent venir " chercher fortune " au Burkina qui apparaît comme un pays plus dynamique et " riche " que le leur. Une femme pauvrement habillée, avec deux enfants noués à la taille qui tètent chacun un de ses pauvres seins fatigués, regarde notre bagarre avec le serpent fou, d’un air amusé. Elle ne réclame rien, nourrit comme elle peut ses deux marmots en caressant la tête d’un troisième de 4 ou 5 ans qui lui colle les jambes.

Une autre jeune femme chargée sur la tête d’un grand plat de bananes vient nous en proposer. Je lui en achète quelques unes, elle pose son plat sur le sol et part chercher la monnaie. Elle revient quand nous pouvons enfin partir.

 

Le paysage depuis la frontière n’a pas beaucoup changé contrairement au passage Mauritanie-Mali en revanche c’est l’ambiance qui règne ici qui se modifie : tranquillité, accueil avec de larges sourires, peu de mendicité pour l’instant.

Dans cette petite ville, il existe la Maison de la Femme, une initiative de plusieurs burkinabées ayant le désir de se prendre en main. Elles se sont réunies vers les années 70 et ont créé des ateliers de formation, d’alphabétisation, de parole et d’information pour que la condition de la femme évolue un peu. Elles vendent donc des produits et de l’artisanat. Quelques hommes font partie de l’association en tant que donateurs, c’est à peine croyable pour nous. Nous nous empressons de les encourager en leur achetant quelques gâteaux au sésame, bonbons de mil, croquants d’arachide, beurre de karité, sirop de caramel et tamarin. Safran s’achète un porte-monnaie en cuir qu’il peut porter en bandoulière.

Elles tiennent aussi un petit maquis (resto local) où nous prenons quelques plats : riz gras, poissons séchés grillés et spaghettis sauce tomate. C’est loin d’être succulent mais l’addition est tellement ridicule qu’on se demande comment elles arrivent à se faire une marge.

 

Nous filons vers Koudougou car les quatre jeunes de Bamako nous avaient prévenus d’un grand festival de musiques africaines : les nuits atypiques de Koudougou : les NAK. Les dates approximatives étaient du 30 nov au 5 déc, nous sommes le 1er dec donc nous ne voulons pas traîner.

Nous arrivons à Koudougou par une portion de goudron pour laquelle il faut payer une petite taxe. Celle-ci sert ensuite à payer les futurs goudrons et enfin par une piste rouge, ombragée, bordée de villages étonnants. Ils ressemblent à des petits villages gaulois car toutes les maisons sont reliées entre elles par un muret d’un bon mètre. Au milieu, les greniers à mil et autres céréales sont coiffés de toits de paille noircie très pointus (plus qu’au mali) et souvent de travers. On croit voir cachés dans les villages des petits lutins aux grands chapeaux. Les habitations ainsi que le socle des greniers sont en banco rouge et les puits sont au centre de petites cultures qui rayonnent tout autour. L’idée est intéressante car sachant que l’arrosage se fait à petits coups de seaux sur des dizaines de mètres de long, le puits étant juste au centre du potager, le trajet est assez rapide et le travail moins fatiguant.

 

La grande ville de Koudougou, troisième du Burkina, possède deux grands goudrons et des rues adjacentes en terre rouge. Il y a beaucoup de poussière mais peu d’ordures, la ville paraît assez propre. Pleins de petits cochons courent partout, nous sommes ici dans un pays très christianisé et le cochon est donc chez lui. C’est pour nous presque choquant après tous les pays musulmans traversés.

La spécialité culinaire de Réo, petite ville à 12 kms de Koudougou est d’ailleurs le porc au four. Nous avons bien l’intention un de ces quatre de la tester.

Nous installons le Tipee près du Théâtre Populaire où se déroulent tous les concerts et sortons y faire un tour. Nous souhaitons y retrouver nos quatre jeunes. Nous partons également à la recherche du programme des festivités.

Dans le " village NAK ", lieu où se regroupent différentes échoppes : tissus, artisanat, cochonneries occidentales en tout genre, nous tombons tout de suite sur le stand tenu par l’orphelinat de Réo, là où devaient se rendre les 4 copains pour travailler avec les enfants. La responsable, Françoise, est présente, et nous présente son association. Elle nous donne le numéro de portable de Marie. Nous traînons dans cette ambiance poussiéreuse suivis d’une foule de gamins et ados qui veulent tous avoir notre adresse en France. Ils s’accrochent à nous un peu péniblement. Ils apprennent tous le français et veulent correspondre…La cacophonie qui règne est peu supportable, on passe d’une buvette à une autre en subissant à chaque fois un crincrin différent, plus fort l’un que l’autre. Les décibels sont inaudibles.

La nuit tombe subitement, il est environ 18 heures et nous nous laissons tentés par une part de cochon grillé au four servie dans un bout de papier kraft venant de sacs de ciment. Plus loin, nous achetons des brochettes de 4 morceaux de viande de bœuf ultra pimentés. Enfin, nous finissons devant une femme qui frit des beignets dans une huile noirâtre. Pas terrible. Tout d’un coup, Stéphane se retourne violemment et invective un pauvre gars qui part sans demander son reste. Ce dernier avait carrément la main dans la poche du pantalon de Stéphane.

 

Nous allons au Tipee manger un vrai bol de riz et repartons vers le guichet du théâtre populaire. C’est un grand amphi en béton avec une scène de bonne taille. Le ticket coûte 700 F CFA et donne droit à plus de 6 heures de concert ! Plusieurs groupes passent les uns derrière les autres jusqu’à 2 heures du matin. La programmation est africaine avec des groupes burkinabés, parfois maliens, même hollandais et français. Certains groupes sont connus du public local. En tout cas l’ambiance est chaude et l’air très doux, le seul problème réside dans les gradins de béton et les 10 kg que nous avons perdu depuis le début du voyage ; car ainsi nous frisons l’escarre rapidement.

 

En plein concert, j’aperçois dans l’amphi les 4 jeunes de Bamako, les enfants se ruent vers eux et les retrouvailles sont émouvantes. Safran et Plume quittent donc leurs vieux, ravis et fiers de s’installer ailleurs, près de jeunes branchés. Nous décidons de nous retrouver chaque soir au concert et le 4 décembre, dimanche, nous irons à leur campement de brousse et dînerons ensemble avec un porc au four acheté à Réo le soir même.

 

La fiesta de notre premier concert se termine pour nous vers 2 heures. Safran écrase bien lourdement sur les gradins. Il faut le réveiller pour rentrer au Tipee . Nous retrouvons le camion sans problème, avec la faune qui règne ici, j’avais un peu peur d’une visite surprise.

Nous nous installons à la hâte et nous écroulons enfin. Nous sommes réveillés vers 7 ou 8 heures par le fameux malien Salif Keita qui braille sur l’horrible magnétophone éraillé du maquis près duquel nous sommes garés. Ce chanteur que j’appréciais particulièrement va me sortir par les yeux et les oreilles au bout de ces 4 jours, car nous nous rendons vite compte que la tenancière du petit bistro, fort sympathique au demeurant, ne possède en tout et pour tout qu’une seule cassette. Nous regrettons même de ne pas avoir nos vieux enregistrements, car nous lui en aurions donné quelques-uns. Par pitié, Salif Keita en boucle pendant 96 heures durant, c’est abominable " je t’aime, mi amor… "

 

Heureusement, nous faisons une pause de 10 à 19 heures pendant lesquelles nous roulons à l’autre bout du goudron à l’ombre d’un grand arbre rempli de vampires, grande chauves souris qui envoient le soir tombé toute une série d’ultrasons étonnants. Là, nous sommes devant une grande maison tout autour d’une cour, où se bousculent, poules, cochons et habitants. Aussitôt, Célestin, jeune de 14 ans sort de chez lui et vient nous tenir la causette. Le lendemain, ce sera sa sœur, Eunice, récemment diplômée infirmière de l’école de Ouagadougou. Elle assistera à notre repas du soir tout naturellement sans vouloir y participer.

 

Durant notre séjour à Koudougou, nous nous faisons coudre un costume africain pour Safran et une chemise pour moi. Stéphane fête son anniversaire de façon très rudimentaire faute de resto et d’idée de cadeaux. Nous achetons deux bonnes bouteilles de rouge dans l’unique petit supermarché où les toubab viennent se ravitailler en produits bien de chez nous. Nous les ouvrirons le soir du porc au four avec les jeunes. Au marché, nous avons pris en photo un gars qui vendait toute sorte de produits très utiles pour fournir le marabout en cas de potions magiques : sabots et queues de boeufs, carapaces de tortue, peaux de hérissons, pattes de lapins… Safran offusqué, traite le gars de braconnier mais cultures et traditions diffèrent.

 

Le soir, vers 19h30, nous rejoignons le joyeux maquis de Salif Keita, nous nous y installons pour déguster, une bière, un coca et deux fantas. La mama qui tient le bouiboui est vraiment marrante. Son fils, un gamin de 13 ans, beau comme un astre, est passionné par l’école. Il va chercher ses cahiers et les montre très fier à Stéphane. C’est ainsi que Safran et le petit gars échangent leurs connaissances sur les mathématiques et la géographie du Burkina. Le jeune nous parle alors du créateur de la ville de Koudougou qui régna vers le 17ème siècle et qui bâtit la ville avec le sang des bébés qu’il exigeait de piler à la naissance. Certains d’entre eux étaient pilés par leur propre mère et donnés en pâté à son cheval.

Là, les deux nôtres ne peuvent pas gober cette histoire et vont demander son avis à un charmant monsieur, menuisier, avec qui je parle depuis un bon quart d’heure. Amada confirme l’histoire et essaie de lutter contre les doutes de Safran. " Un cheval n’a jamais mangé de chair humaine ", " les femmes sont incapables de piler leur bébé à la naissance, c’est trop atroce ". " Ce type était fou ". Amada explique qu’heureusement, un jour une femme s’est rebellée et au moment où elle s’apprêtait à laisser lourdement tombé son pilon sur l’enfant, elle se retourna et assomma l’affreux gouverneur.

 

Il se trouve qu’en discutant avec Amada depuis un petit moment, je m’aperçois par hasard qu’il connaît bien le copain de Patrick, papa de Stéphane, Monsieur Emile Kaboré. J’apprends à Amada que j’ai eu au téléphone, sans savoir où il habite, une jeune femme qui m’a annoncé que Emile était à l’hôpital pour une crise de palu et que sa femme restait à son chevet. Nous calculons que cela fait déjà trois jours et d’après Amada, il a du en sortir. Il nous propose, puisque Emile habite en direction de Réo et que nous partons demain pour cette ville, de nous y accompagner. Il suffira le lendemain de trouver sa menuiserie qui est à quelques 600 mètres d’ici sur le goudron à gauche.

 

Ce soir est le dernier du festival. Nous sommes fin près à attaquer la dernière nuit atypique et à veiller tard. Le théâtre est noir de monde si je puis dire, seuls quelques toubabs assistent aux soirées NAK.

Je fais d’ailleurs réaliser à Safran qu’il est le seul petit blanc au milieu de centaines de noirs, mais cela ne le choque pas, il est complètement habitué et ne voit pas ce que cela peut faire. Stéphane est furieux depuis l’achat des billets de ce soir car un gars a encore essayé de le braquer. Stéphane avait ses affaires cette fois dans la poche de sa chemise et le type avait réussi dans la bousculade à défaire le bouton et commençait à saisir le portefeuille. Cette soirée est particulièrement bourrée de monde car on est samedi soir, veille de repos et sans doute les gens viennent ce soir de Ouagadougou, la capitale. Quand nous quittons les gradins vers 2 heures, Plume est complètement endormie, il nous faut 20 bonnes minutes pour sortir de là, tellement la foule est serrée et agglutinée autant sur les gradins que dans les escaliers y menant.

 

Le lendemain, nous trouvons sans mal la menuiserie et nous suivons Amada perché sur sa mobylette dans un dédale de chemins de terre jusqu’à la maison d’Emile. Malheureusement, toute la famille au complet en sort sauf Emile et sa femme qui sont encore à l’hôpital. Nous partons en leur souhaitant un bon rétablissement et en remerciant chaudement Amada sans lequel nous chercherions encore la maison Kaboré.

 

Nous filons sur Réo et visitons l’orphelinat de Françoise, puis elle nous mène au campement des jeunes. L’endroit est génial, petit village typique reconstitué par Françoise, la directrice de l’orphelinat, et qui par ce biais touristique amène quelques fonds pour l’association. Chaque jeune habite une case. La nuit dans la case est de 1500 F CFA (15 Frs). Il y a un lit à deux places sous moustiquaire, surélevé, en terre et un recoin protégé par un muret qui permet de se laver avec un seau et une écope. Il y a en tout six cases de banco dont une est la cuisine avec une vraie gazinière ! Un grand canari (jarre en terre qui conserve l’eau très froide) se tient devant chaque case et des toilettes rudimentaires sont au fond du campement.

Au milieu une sorte de carbet circulaire pour tenir la causette. C’est un toit de paille immense sur pilotis qui permet de rester à l’ombre. Il n’y a pas d’électricité donc les soirées sont à la lampe à pétrole et aux bougies, bonne ambiance.

Nous apprenons que Bart, un des quatre a le palu, il est sur place avec nous mais bien patraque. Il se soigne à la quinine après avoir fait le test de la goutte épaisse dans une pharmacie laboratoire de Koudougou. Il faut savoir que le palu vous rend visite plus facilement si vous êtes fatigués ou en mauvaise forme. Or les NAK sont le lieu idéal pour vous flanquer à plat. Nous avions déjà décidé Stéphane et moi de reprendre un rythme plus sain, coucher 9h30, lever 6 h comme avant, mais avec le problème de Bart nous en sommes plus que persuadés. Le mérite de cette mésaventure permet aussi de dédramatiser le palu pour Plume et Safran car ils voient bien que leur copain n’est pas très vaillant mais toujours en vie ! Qu’il a encore le sourire et que rapidement, les médecins l’ont mis sous traitement. Il va s’en sortir.

Nous passons une soirée sympa autour de notre demi-porc au four, une grande salade verte, la première depuis l’Espagne (lavée à l’eau chlorée) et une montagne de haricots verts. Délicieux !

 

Nous partons le lendemain en direction de la forêt des Deux Balés un peu plus au sud. C’est une réserve nationale où l’on peut voir des éléphants. Pour nous y rendre, au lieu d’emprunter le goudron et la bonne piste nous décidons de couper à travers brousse en passant plusieurs petits villages. Le chemin ressemble à un GR pas plus, nous devons parfois le quitter et empiéter sur les cultures car les branches trop basses abîmeraient le Tipee. Le sol plus que chaotique nous met en balan plus d’une fois et je stresse souvent. D’énormes pierres au fond de petites rivières asséchées nous secouent jusqu’au plafond et je me crispe. Nous nous arrêtons dans un village, perdu au milieu des champs de coton où nous avons repéré un marché.

 

Il est couvert sous des cahutes de pailles qui tiennent avec des branches piquées dans le sol. Après quelques minutes, nous sommes suivis d’une cinquantaine d’enfants qui se tiennent à distance, méfiants et curieux à la fois. Un jeune homme nous explique que jamais les blancs n’empruntent ce chemin et que ces enfants voient des toubabs pour la première fois. Ils sont étonnés mais très craintifs. Nous achetons 8 pauvres tomates et goûtons à des beignets huileux pas terribles. Le pays est pauvre et ce sont souvent les marchés qui le reflètent le mieux. Il est difficile de trouver des tomates fermes, des poivrons pas fripés, des salades reluisantes et des concombres vigoureux. On trouve en revanche partout des patates douces blanches ou orangées, des ignames et des gombos. Le riz est très souvent pleins de cailloux, les fruits restent encore le meilleur achat à faire avec la farine de mil si on sait la cuire.

 

Nous repartons pour les derniers 20 kms qui nous prennent une bonne heure. Nous trouvons ensuite une excellente piste où nous croisons un camion renversé sur le côté barrant la route avec son chargement impressionnant de coton vidé sur le sol rouge. La photo s’impose après leur avoir demandé si des secours arrivaient. Puis nous passons sur le côté et arrivons bientôt à Poura. Il y a là une vieille mine d’or désaffectée. Nous nous y baladons et Safran le lendemain rédigera un texte simple mais très descriptif de ce qu’il y a vu. A lire sur le site plus loin.

 

Nous reprenons le Tipee et nous arrêtons pour dormir au fond de la forêt espérant bien nous faire surprendre par les fameux pachydermes. Nous passons une soirée éclairée par un superbe feu de camp et des torches confectionnées avec du chiffon et l’huile ayant servi à faire frire les patates douces et les alocos (bananes plantain) du dîner. Le lieu est idéal, personne en vue, pas de curieux mais pas non plus l’ombre d’un éléphant. Safran décide de dormir dehors à la belle étoile. Il s’installe derrière le camion très fier de sa décision. Malheureusement, les moustiques qui s’étaient planqués tout le temps du feu de joie attaquent d’un coup et Safran est obligé de rentrer. Il est furieux et s’endort dans le Tipee en sanglotant amèrement.

 

Le lendemain, un peu de travail au tableau noir et nous filons au petit village attenant : Namilaï. Ici au puits où Plume prend l’eau pour faire le linge, je rencontre l’instituteur du village. Nous parlons une bonne heure en plein soleil de la situation économique et politique du pays. Le pays des hommes intègres est malheureusement dirigé par une bande de profiteurs tout à fait malhonnêtes et plus désireux de faire leur propre fortune que celle du pays. Le gars garde tant bien que mal ses idéaux pour tenter de faire travailler sa classe de 87 élèves et faire sortir les meilleurs du lot. Sachant qu’une fois le certificat de fin d’études primaires passé, le gamin peut être autorisé par l’état, d’après ses résultats, à faire le collège. Mais une fois l’enfant accepté, on demandera à sa famille la modique somme de 18 000 F CFA pour l’année (une fortune ici) et que la plupart abandonne donc leur parcours. A côté de ça, le gouvernement burkinabé affirme officiellement que les études secondaires dans le public sont gratuites. Il affirme également que les livres, en primaire, sont gratuits or c’est faux et la plupart des élèves travaillent à 3 ou 4 sur un même livre. Les cahiers et les bics sont également très coûteux et c’est souvent les instituteurs eux-mêmes qui leur fournissent. Il y aurait des dizaines de lignes à écrire sur cette condition de l’éducation nationale suite à cette conversation.

 

Nous continuons notre route vers les éléphants.