Ouagadougou – Tombouctou – Fassala

 

Une famille touareg.

Nous avons roulé 10 jours dans le Sahel pour rejoindre Tombouctou en partant de Ouagadougou, puis encore 10 jours pour arriver à la frontière mauritanienne (Fassala). Nous nous sommes arrêtés au gré de nos envies et de la fatigue du chauffeur. Le paysage passait d’une savane aride hérissée d’épineux acacias à une étendue de terre craquelée comme un mauvais béton fissuré ou encore à un sol rocailleux sec et cassant, une sorte de fin du monde après une éruption volcanique. Dixit Stéphane : " Trop de minéralité mine la réalité ".

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Vers la deuxième partie du trajet, après Gossi, la piste est devenue très sableuse. Elle serpentait et était tracée comme deux rails de rampe de bobsleigh. Du sable, toujours du sable et quelques touffes d’épineux. Parfois, peut-être chaque 30 kilomètres, un puits réunissait des centaines de bœufs, d’ânes et de dromadaires. Quelques touaregs venaient y puiser à 70 mètres de profondeur l’eau nécessaire à leur bétail et à leur famille. Les plus jeunes, perchés sur le dos d’un chameau ceinturé d’une corde, faisait l’aller-retour inlassablement afin de remonter des entrailles terrestres une poche d’eau énorme. Cette poche est faite de peau de vache, vraisemblablement étant donnée sa surface, elle est trouée sur tout son contour et chaque trou est relié au suivant par une corde. Ainsi cette bourse géante et molle se remplit-elle d’eau et se laisse-t-elle vider dans une grande barrique en métal où les animaux se disputent l’accès.

Le puits est tellement profond qu’en se penchant à la petite margelle, plus haute que le sol de seulement 20 cm, on ne voit qu’un grand trou noir. Le puits possède sur son pourtour, également réparties, quatre poulies faites de bois uniquement. Ainsi quatre dromadaires plus ou moins synchronisés s’éloignent chacun vers un point cardinal et hissent quelques 40 litres d’eau vers le ciel.

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Les campements touaregs sont souvent éloignés de plusieurs kilomètres de ces puits. Ils sont faits de deux ou trois tentes et parfois, d’une maison carrée en terre et bouses de chameaux. La tente traditionnelle, qui abrite toute une famille et peut mesurer environ une trentaine de mètres carrés, est construite avec une armature de grandes branches arquées en demi-cercles, recouvertes d’une toile. Celle-ci est faite de dizaines de peaux de bêtes cousues ensemble. Parfois la toile n’est autre qu’un patchwork de tissus élimés posé sur une bâche plastifiée.

Plus tard, entre Léré et Fassala, dans le désert encore malien, nous nous sommes arrêtés près d’un campement et avons partagé avec une famille trois heures pendant lesquelles nous avons bu le thé et mangé de la biche séchée au soleil et trempée dans un beurre liquide. La biche sauvage peuple le désert ainsi que les chacals la nuit, les petits chiens de prairie, quelques oiseaux, des scorpions peu dangereux et des serpents mortels dans l’heure qui suit (nous avons d’ailleurs eu la chance d’en voir filer un juste devant les roues du Tipee).

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Cette halte fut un véritable moment de partage sans aucune idée de profit d’un côté comme de l’autre, sans demande de cadeaux ni d’argent.

Le seul profit fut pour tous d’en savoir plus sur les habitudes de vie des uns et des autres. Nous avions été chercher dans le Tipee pour accompagner le thé et la viande séchée des dattes déshydratées achetées à Gorom-Gorom et des cacahuètes que j’avais grillé la veille et dépiauté au vent de leur fine pellicule rouge.

Un homme parlait bien le français ce qui facilita la conversation. Chez eux, il n’y a pas d’école sauf à la ville qui est trop éloignée, donc les enfants n’y vont pas.

- Mais que font-ils toute la journée ? 

- Avant 10 ans, les petits garçons construisent avec leur père des voitures en plastique faites d’un vieux bidon avec des roues découpées dans des tongs hors d’usage et ils tirent ces jouets jusqu’à ce que la fatigue les couche sur les tapis des tentes et qu’ils s’endorment. 

- Et les petites filles ?

- Elles courent, derrière, avec eux. Elles jouent aussi au puits avec une vieille conserve, une corde et un bout de bois entaillé, elles remontent alors une eau imaginaire d’un trou creusé dans le sable.

En fait, les petits singent leurs parents comme le font tous les enfants du monde, dînette, poupée, petites voitures. A partir de 10 ans, les garçons accompagnent les hommes au véritable puits et les observent, puis plus tard, ils montent les dromadaires puisatiers et ils apprennent à devenir bergers, les filles, elles, deviennent de parfaites cuisinières, lavandières et rapidement de bonnes mères.

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Ici les femmes ont apparemment moins de travaux durs qu’en Afrique Noire car elles ne s’occupent pas d’aller chercher l’eau et elles ne passent pas leur journée en pleine chaleur à piler le mil, puisqu’il n’y en a pas. On en trouve au marché mais le plus souvent c’est du riz qu’ils mangent à chaque repas.

- Nous mangeons du riz, de la viande fraîche quand on vient de tuer une bête, ou alors séchée au soleil, du beurre, du lait quand c’est la période des pluies et que les bêtes ont des petits, et des arachides.

Ce régime hyper protéiné donne des femmes bien en chaire et des bébés tout rebondis. Ils ne mangent jamais de fruits ni de légumes frais ! Ils ne cultivent absolument rien même pendant l’hivernage (les pluies durent 3-4 mois). Ce sont des éleveurs exclusivement. Quand l’argent vient à manquer, ils partent à la ville vendre un animal : vache, chèvre ou dromadaire et reviennent avec des sacs de riz, du thé, du sucre, et autres objets de consommation. 5 sacs de riz de 100 kilos durent à peu près deux mois pour nourrir la famille complète qui se compose d’environ 20-25 personnes (grands-parents, enfants, femmes, petits-enfants, neveux et nièces…)

Les hommes quand ils ne sont ni au puits (un jour sur deux), ni à la ville pour chercher des vivres, fument la pipe en os de chèvre, discutent allongés sur les tapis de la tente et font du thé qu’ils boivent rapidement à grands bruits de bouche.

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Ils nous ont demandés si nous avions un appareil photo et nous ont réclamé de les prendre. Nous tâcherons de leurs envoyer les quelques clichés en boîte restante au bureau bancaire de Léré. Ils possédaient quelques photos de leur famille éloignée (Maroc, Libye) qui vient parfois leur rendre visite et reste chez eux plusieurs mois. Dans ce cas, ils vont ensemble à la ville,chez le photographe et devant des décors tous plus kitch les uns que les autres se photographient tour à tour. Safran avait décidé de leur laisser une photo de lui sur un cours de tennis, en plein service. Ils étaient ravis. Une nièce fut très fière de se faire prendre en brandissant la photo de Safran.

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Un âne en Afrique

Les ânes, ici, plus précisément en Mauritanie doivent avancer à coups de bâtons : sur la gueule, sur leurs chevilles plaignantes ou encore sur leurs flancs… et sur leurs côtes maigres, à fleur de peau.

Nous nous sommes arrêtés à côté d’un forage très fréquenté par la population comme par le bétail. Les petits enfants, âgés de 7 ans, roulent sur leurs charrettes en mauvais état, tirées par un âne. Deux bidons d’environ 200 litres chacun sont placés au milieu. Une fois ces containers remplis, les enfants tapent sur leurs ânes comme des brutes pour les faire avancer. Ils ne pensent sûrement pas à l’avenir de leurs bêtes. Ils ne se doutent pas que peut-être l’âne mourra de ses blessures avant deux ans. Une fois nos réservoirs remplis, maman et moi, nous regardions un âne aux mille cicatrices, l’air triste et pensant dans sa tête à la grande REVANCHE !!!

 Safran (10 ans) le 13 mars 2006