Messages du 15 septembre : AIT BENHADDOU

aitbenhadou3.jpg (62098 octets) Nous venons de passer sur la piste qui passe par Telouet et qui relie Marrakech à Ouerzazate. Un 4 x4 nous a dit en route qu'on ne passerait pas car trop étroit et des rochers surplombants trop bas mais c'était sans compter la ténacité dun chauffeur. Tout va bien nous nous dirigeons vers Zagora et les dunes de M'moud.

Pascale




NB : La récompense est à la fin de la piste : AIT BENHADDOU

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- « Serre un peu à droite »
- « Ouais, eh ta route c'est quoi comme genre ? C'est une départementale et
oui c'est pas une piste encore ! »
- « Ah bon et ben l'Afrique Noire ça promet »
- « Attention encore un trou !  Tiens regarde y'a une chouette sur le piquet
à gauche, c'est la 3ème qu'on voit. Je sais pas où est la réserve mais on
doit approcher de la lagune de Moulay-Bousselham »
- « Je pige pas où on est. On va plein Nord or on devrait rouler vers
l'Ouest pour arriver à la réserve d'oiseaux. »
- « Ouais, c'est louche, aïe un banc de sable, on s'rait pas déjà dans la
lagune. »
- « Non, mais t'imagine, on est qu'au début du Maroc, avec une carte
Michelin assez détaillée dans les mains et on est pas foutu de se repérer,
quand même, c'est galère c'bazar là »
- « Ca va être chaud dans le désert, encore heureux que les enfants dorment,
sinon ils iraient de leur grain de sable »
- « Merde encore des trous partout, ils sont énormes, je vais rouler sur le
côté, il faudra bientôt mettre les moyeux 4x4 et on les laissera jusqu'à
notre retour comme avait dit l'ami Philippe »
- « C'qui y'a c'est qui faudrait aussi éviter de rouler la nuit. »
- « T'as raison. Ils le disent d'ailleurs tous dans les guides »
- « Bon on est bien paumés. On a qu'à dormir là. Demain y f'ra jour. »


En effet, le lendemain, il fait jour ! Nous avons tellement mal dormi que
c'est à 8h30 (donc 10h30 heure de l'Espagne !) que nous ouvrons un oil.
Toute la nuit, les chiens ont aboyé, se répondant comme des échos. Nous
devons être proches d'un village, mais lequel mystère.

La veille au moment d'éteindre la lumière, après cette épopée un peu pénible
de nuit, l'envie m'a pris d'écrire quelques lignes et à ce moment-là un âne
s'est mis à braire. Nous avons fait un bond d'un mètre sur notre couchette !
Sa force de braillement était telle, qu'on l'aurait cru dans le camion à
l'avant dans la cabine. La nuit sera courte je le sens. C'était sans compter
le minaret qui s'est mis à chanter vers 4 heures du matin, et le coq qui
s'est égosillé d'une voix de crécelle dès le lever du jour. Le coq . les
coqs, tous les coqs  pendant un temps infini. Ca plus les chiens et l'âne.
les chiens, les ânes. Ce fut un concert sans entracte toute la nuit.

Quand Stéphane se lève, et me réveille, j'entend un brouhaha de voix
impressionnant. Nous sommes sûrement pas loin d'un bled. Steph ouvre le
premier petit volet de la cuisine :
- « y'a des gamins partout, ils attendent qu'une chose, c'est qu'on sorte !
»
- « Je crois même qu'on est carrément encerclé ! »


Je me hâte de m'habiller et on prépare le petit-déj. Steph ouvre le grand
volet du coin repas et en effet, il y a environ une vingtaine de marocains
et de marocaines attroupés, tout sourire. L'étonnement est surtout par le
fait qu'ils sont tous regroupés autour d'un puits. Ils sont accompagnés de 3
ou 4 ânes tous écroulés sous le poids des bidons d'eau.

Nous avons « planté » le tipee de nuit, sans le savoir sur la place du
village à moins de 5 mètres du puits. Et qui dit puits dit centre
d'informations ultra rapide du village. Autant vous dire que de 20
autochtones, ils sont vite passés à 40 puis 60 et plus si on compte les
chapelets de petits enfants en guenille, les jeunes mollement adossés aux
maisons, les hommes en groupe sur le côté, et surtout toutes les paires
d'yeux planqués dans les cours et les maisons etc

Nous tentons une sortie toute embrumée.

« Salam ! »  Fou rire des femmes et des petits.

Je me renseigne pour savoir le nom du village. J'avais évalué être vers
Barga, je demande si c'est bien le nom de ce village et les hommes me
répondent par l'affirmative. En fait, le lendemain, nous apprendrons qu'on
est à Gla et que Berga est à 5 km d'ici. Ils ne sont pas contrariants. Bien
sûr, il n'y a aucune pancarte annonçant le village. Au départ, on se
dirigeait vers la lagune de Moulay-Bousselham qui est une grande réserve
d'oiseaux migrateurs et en fait on en est à 15 km au nord de celle-ci.

Pour lier connaissance, je me dirige ensuite vers le fameux puits avec mon
seau pensant puiser mon eau pour la vaisselle du petit-déjeuner. Finalement
sous les hurlements de rire de tous les gamins autour de moi, je crève
lamentablement mon seau qui ne m'est plus d'aucune utilité. Manque de
technique.

Je vais en chercher un autre plus costaud et aussitôt les femmes et les
petites filles se précipitent pour me le remplir et m'éviter une nouvelle dé
convenance. Ce nouveau seau va d'ailleurs beaucoup leur plaire car
rapidement elles vont me le squatter pour abreuver leurs pauvres ânes
assoiffés. OK pas de problème, c'était mon seau pour la vaisselle du
petit-déj mais pour l'hygiène je m'arrangerai. Pendant que Stéphane devise
avec les hommes à 10 mètres de là les enfants encore plus timides que les
locaux osent à peine s'éloigner du camion. Nous leur suggérons de sortir un
jeu de cartes ou un ballon et ainsi d'attirer les autres enfants à venir
jouer avec eux mais ils restent coller au Tipee.

Finalement, nous faisons la connaissance de baba Saïd qui parle trois mots
de français et dix d'espagnol. Celui-ci tout d'un coup en pleine
conversation nous quitte et revient dans la minute avec un plateau couvert
de petits verres et d'une théière fumante de thé à la menthe. Nous
l'invitons dans le camion et dégustons avec délice les enfants les premiers
ce thé archi sucré et le pain encore tout chaud.

Par la suite nous serons invités chez lui. Il a une maison très
rudimentaire, propre et fraîche. Il est marié à Djima et a trois enfants
Mohamed (14 ans), Alma(12) et Mnana(4). Pour l'orthographe c'est du
phonétique. La petite dernière prend très vite en amitié nos deux lascars et
ils feront un trio inséparable pendant deux jours. Mohamed nous a dit
bonjour le premier jour et puis on ne l'a jamais revu (il joue au foot plus
loin avec les copains) Alma est déjà au fourneau et aux corvées d'eau au
puits depuis un moment et elle n'arrête pas de la journée.

On essaie de communiquer comme on peut puis le premier soir, on nous
présente un cousin de la famille ; 23 ans, il s'appelle Saïd aussi et il
habite depuis des années en Espagne. Et là tout s'éclaircit, grâce à notre
espagnol moyen et au sien excellent nous pouvons enfin nous comprendre et on
apprend très vite plein de choses intéressante sur la famille, sur le
village et notamment comment il a lui atterrit en Espagne.

Baba Saïd est très intéressé d'aller à la plage de Moulay près de la fameuse
lagune. Comme nous comptons y aller il s'invite à bord et nous l'emmenons
volontiers.

Il doit aller payer la facture d'électricité d'une cousine qui lui a confié
quelques dirhams.

Nous faisons le trajet ensemble. 15 km, ¾ d'heure de route tellement la
route est affreuse. Heureusement, avant Steph avait mis les moyeux 4x4 et la
position crabotée nous aide beaucoup. On arrive sur une plage très belle et
l'atlantique est d'une température délicieuse contre toute attente et les
rouleaux pas trop dangereux. Safran trépigne un peu car sa blessure au tibia
faite 8 jours avant au lac de Zahara de la Sierra est tout juste refermée.

Nous en repartons ravi et Saïd acquitté de la dette de sa cousine.

Le retour au village est extra, on est invité à grignoter chez baba Saïd et
on fait une ballade de nuit jusqu'à la plage (car à Gla, il y a la plage en
bas d'une falaise à 10 mn à pied du village) avec le jeune Saïd. C'est là
que nostalgique face à la mer superbe et à deux barcasses de pêcheurs au
loin, il nous raconte son histoire de clandestin.

Quand sa mère est morte, il avait 13 ans, et avec l'accord de son père il
décide de s'embarquer sur un petit bateau de pêcheurs pour rejoindre la côte
espagnole. Le pêcheur en question est un ami, il ne le fait pas payer. Il
monte alors dans une barque de 7 mètres de long poussé par un petit moteur
de 25 cv, il y a de l'eau et des vivres à bord et surtout 31 passagers en
tout. Ils ont naviguer 24 heures pleines et sont arrivés le lendemain au
petit matin en Espagne. De la famille le récupère et l'emmène à Alicante. Il
appelle sa famille au bled pour dire qu'il est bien arrivé. Ouf !
Nous sommes assez silencieux en écoutant son histoire en espagnol, la nuit
tombe sur l'océan. Quelle vie facile nous avons !
A partir de son arrivée clandestine, il va commencer à travailler, apprendre
la langue et maintenant il travaille accroché par un harnais au sommet des
églises ibériques à apporter le matériel des artisans au sommet. Il a une
bonne paye et c'est le messie au bled car il envoie régulièrement de
l'argent. Il ne veut surtout pas vivre au Maroc bien qu'il adore son
village, en revanche, il souhaite se marier avec une maghrébine plutôt
qu'avec une espagnole.

Nous quittons Gla 48 heures après, enchantés mais Plume bien malade. La
tourista est assez costaud pour elle. Nous passons une nuit agitée à jongler
entre les bassines et notre petit wc portatif. Essayer de respecter les
règles d'hygiène, passez la javel quand on a un couloir de 25 cm de large
par 1m50 sans renverser la bouteille sur la tête de Plume tout en
économisant le maximum d'eau car les réservoirs sont quasiment vides, c'est
une prouesse. Sachant que le tout se déroule à environ 3 heures du matin et
que je suis embrumée plus plus. Plume met deux jours à s'en remettre et on
la maintient 4 jours au riz bien cuit, argile et Ercéfuryl. Aujourd'hui tout
va bien.

Nous sommes à Rabat où nous prenons le visa pour le Mali.

Le 8 septembre nous partirons pour Casablanca où nous irons chez Mr Perdriau
un ami de mon père qui a reçu entre temps les cours du CNED pour Plume. Nous
irons également au Consulat de France chercher le carnet de passage en
douane qui devrait être arrivé par la valise diplomatique et nous irons
chercher notre visa pour la Mauritanie.

SUITE ....

et un autre : Drôle de Pique-nique

Nos habitudes franchouillardes sont malmenées par l'hospitalité marocaine.
Sur la route, par exemple, si l'on planifie une halte rapide et
fonctionnelle de quelques minutes pour se restaurer, c'est oublier qu'il y a
plus de chances d'y passer plusieurs heures, voire la nuit.

En tant que conducteur prévoyant, il est préférable de parsemer son
itinéraire d'arrêts fréquents et réguliers pour se reposer. Au Maroc, la
situation est un chouya différente. Si l'on peut décider du moment où l'on
stop le véhicule, on ne peut en revanche jamais prévoir avec certitude quand
l'on redémarrera ! Ainsi, l'autre soir, le Tipee Mamasso s'arrête sur le bas
côté d'une piste. L'endroit semble désert, il fait juste nuit. Au
crépuscule, les ornières de la route deviennent imperceptibles, il faut
faire preuve d'une concentration accrue pour les discerner. Surtout, lorsque
la route trace plein Ouest, l'oil se trouve fatigué par le soleil rasant du
couché. Il est donc plus sage d'attendre la pleine nuit. Avec les phares,
qui accentuent les reliefs de la piste, la conduite redevient plus aisée.
Donc, au couché du soleil, l'instant est propice pour s'arrêter et cuisiner
un petit dîner reconstituant. Ce soir là, le repas était équilibré : salade
de tomates maison à la marocaine, amandes sèches cueillies d'Andalousie,
olives du souk, pain rond et pêches au sirop. Malheureusement, l'un de nous
lance pour blaguer : « Manquait peut être un petit plat de sucre lent ! »
C'était vraiment pour rire, car Pascale était déjà prête à la vaisselle.
Seulement, pris au mot par le sort, une main vient frapper à la porte du
camion.

« une casquette mon ami »

Personne ne se bouscule vraiment pour ouvrir. « Encore un qui veut discuter,
savoir qui on est, et peut être encore nous demander un cadeau ». En effet,
dix minutes avant, le défilé des habitants du bled était venu encercler le
Tipee. L'un souhaitait  « Bienvenue au Maroc ». L'autre tentait de récupérer
un dirham ou « une casquette mon ami ». Le troisième me demandait de
descendre pour m'expliquer que son garage était un peu plus loin. J'ai cru
comprendre qu'il voulait que je me gare chez lui. Le quatrième nous
proposait de manger dans sa maison, puis d'y dormir. Cela devenait tellement
gros, et bousculait nos pauvres petites habitudes culturelles françaises,
que ça en perdait même de sa crédibilité à nos yeux. Il faut rappeler tout
de même que l'arrêt était planifié en tout et pour tout à 20 minutes, une
demi-heure à tout casser. Car, ensuite, la route nous attendait. Qui plus
est, nous avions pris la bonne résolution de ne plus trop conduire en pleine
nuit. La piste n'est pas éclairée, les vélos, les ânes et les moutons non
plus ! Pas de marquage au sol fluorescent, aucun cata diodes.

Le puits reste le centre d'activité du bled

D'ailleurs, la précédente expérience de nuit avait fini perdu, en étant
obligés de s'arrêter tant bien que mal sur le bord d'un petit chemin
ensablé, à une heure du matin. Cela datait à peine de la veille. Et ce soir
là, nous étions persuadés d'être à des kms de toute habitation. Au petit
matin, la surprise fut donc grande de se retrouver finalement garé à
l'endroit le plus passant du coin. Même isolé du village, le puits reste le
centre d'activité du bled. Fin du flash back et retour à l'actualité. « Toc,
toc, toc », frappe donc une main insistante sur la porte de la cellule. «
Allez, j'ouvre. Mais préparez vous les enfants, car on démarre dans 5
minutes ». Difficile de distinguer les silhouettes à contre jour dans le
trou noir de la porte, car à l'intérieur tous feux allumés c'est un petit
Versailles. Pas de petites économies de batteries, quand on reprend la route
juste après ! Il faut aussi rappeler que notre véhicule 4X4 est haut sur
pattes. Il est nécessaire de se hisser 4 barreaux d'échelle plus haut pour
se retrouver à notre niveau. Et bien sûr, l'échelle n'y était pas. Dans
cette ambiance, on voit apparaître une main qui tend un plat et du pain.
C'est un peu gênant de regarder une personne qui vous offre son repas, quand
on le surplombe de presque 2 mètres. Moralité, la petite famille se remet à
table avec un couple d'invités surprise. Nouvelle installation des couverts
et des assiettes.

Une leçon d'hospitalité

Le repas se poursuit avec de bons sucres lents marocains : couscous poulet
tombé du ciel, ou plutôt surgi du sol ! En même temps, une tentative de
discussion s'amorce : « Zidane, Jacques Chirac », tout y passe. Une
demi-heure, trois quarts d'heure passent. On ne sait plus. « Allez, au
revoir, Bislama et choukrane ». Nouvelle vaisselle, rangement, et ce coup-ci
je passe du côté conducteur pour démarrer. Toc, toc, toc. « Qui va ouvrir ?
Ils ont dû oublier un couvert ». Et bien non, deux autres jeunes marocains,
entre copains, ont décidé de visiter le camion et de venir nous offrir leur
unique plat de poissons péchés du jour. « Allez, ¾ d'heure de plus sur notre
timing, on est plus à cela prêt. ». Surtout, quel souvenir et quelle leçon
d'hospitalité cela nous fait ! Maintenant, avec l'expérience, on arrive à
négocier de ne pas dormir chez eux, sans trop vexer. « Merci encore pour
tous, au revoir ».  La porte est finalement fermée. Attention, d'autre se
pointent. Ils veulent offrir à Pascale et à Plume une poule vivante ! « Non,
non », cri Madame Mamasso, ne sachant pas vraiment si cette poule était du
lard ou du cochon. De mon côté, je sors ma botte secrète pour leur faire
comprendre qu'on ne va pas rester là toute la nuit. Ah, le doux ronronnement
du moteur TP3, qui finit toujours par avoir le dernier mot !